we need more, we need beauty, we need tenderness, we want to feel everything, we wanna be free
Le camp de ravitaillement anglais à portée de main : il y avait là des provisions pour 10 ans ! En bas à la fabrique, du bois en quantité suffisante pour permettre à un clan entier de s'installer. (Maintenant le garde s'inclinait lentement vers l'avant, puis il se défia, utilisant chaque occasion pour se camoufler, dans la réserve de gibier).
Pour l'eau : il y a le fossé-ruisseau derrière ; et de la pluie il y en a à profusion en Allemagne du Nord. Et construire, scier, fendre du bois, traîner, porter, autant d'activités qui me feront du bien (grossir:pêcher contre le saint Corps!)
Je me redressai sous une lunde moyenne; je dis : "Monsieur von Baer (à défaut de connaître le nom du propriétaire): je vous remercie de m'avoir cédé ces étendues de forêts : car je vais y bâtir une maison, et par conséquent je prends possession de" - ma main fit impatiemment le tour de l'horizon -"ce territoire-". (̯propriété d'un fond acquis par héritage̮,une formule juridique qui m'est venu à l'idée: cela existe-t-il ?)
Je me passai la petite hache dans la ceinture (de biais !) : le maniaque des détails. Et m'engageai d'un pas ferme sur le -mon!- chemin. Le soir couvait encore paisiblement sous une épaisse couche de braises déjà feutrée et silonnée des flammes argentées des nuages (mais j'étais trop paresseux pour y lire des figures). Je savais pertinemment où je marchais: à l'est courait sur des fonds buissoneux la petite Warnau; de la terre sous mes pieds;dans le dos et sur les flancs les grands entassements de forêts -les miennes!-, entourées d'un réseau de routes;la lune, borne milliare, fit une réapparition dans ma nuque: elle devait avoir un 17 marqué sur la figure (ou un 18; ne lésinons pas). Des jeunes feuilles se déployaient dociles et onduleuses et larges sur mon visage lisse; veulent s'attirer les grâces de leur nouveau maître ? (Mes apprenties, toutes!)
Avant de m'endormir : malgré la fatigue, déjà esquissé un croquis pour la maison. Demain faut que je retourne aux anneaux des genévriers prendre des mesures exactes de l'emplacement, hauteur, etc. (Pour la remise aussi. Et délimiter tout de suite avec des piquets.-Au village chercher du papier millimétré).
Resté longtemps assis (à regarder les planches à l'entrepôt):que c'est difficile!-En premier lieu résoudre le roblème du transport: en haut à la gare, il y a ce wagonnet à plateau; je pourrais le charger avec des poutres etc., et le pousser jusqu'au croisement (mais avant, enlever la rouille et huiler); à partir de la gare le terrain vers le nord est légèrement en pente: très bon ça. -Quelles sont les poutres que je serai capable de déplacer ? C'en étaient des quatre-pouces, six-pouces, 8 pouces: je choisis les 15 cm pour l'échafaudage et calculai : poids spécifique environ 0,7; coupe transversale 225, par 10 donne tout de suite le kilo, donc un mètre pèse au bas mot 15 kilos, et je poussai un fichtre! bien senti: quinze kilos! Me levai aussitôt et essayai de déplacer un de ces monstres de 10 m: voyez-moi ça! en forçant un peu, j'arriverais peut-être à le faire basculer dessus. -Puis je me replongeai dans l'étude des assemblages de la charpente, dont j'avais trouvé des reproductions dans une vieille encyclopédie.
(Schwarze Spiegel, trad. Claude Riehl, C. Bourgeois 1994-édition originale : 1951)
Grâce à des travaux d'arpentage, de menuiserie, à des journées de travail de diverses
autres sortes dans le village entretemps, car je compte autant de métiers que de doigts, j'avais gagné
13 dollars 34 cents. La dépense de nourriture pour huit mois, à savoir, du 4 juillet au 1er mars, époque où ces estimations
furent faites, quoique j'habitasse là depuis plus de deux ans -sans tenir compte des pommes de terre, d'un peu de maïs vert et de quelques pois que j'vais fait pousser, et sans avoir égard à la valeur de ce
qui était en réserve à la dernière date fut :
Riz..................$ 173 1/2
Mélasse..............173
Farine de seigle.....104 3/4
Farine de maïs.......099 3/4
Porc.................022
Fleur de farine......088
Sucre................080
Saindoux.............065
Pommes...............025
Pommes séchées.......022
Patates..............010
Une citrouille.......06
Un melon d'eau.......02
Sel..................03
Oui je mangeai la valeur de 8 dollars 74 cents, en tout et pour tout ; mais je ne divulguerais pas ainsi effrontément
mon crime si je ne savais la plupart de mes lecteurs tout aussi criminels que moi, et que leurs faits et gestes
n'auraient pas meilleur air une fois imprimés. L'année suivante je pris de temps à autres un plat de poisson pour mon dîner,
et une fois j'allais jusqu'à égorger une marmotte qui ravageait mon champ de haricots,
-opérer sa transimgration, comme dirait un tartare,- et la dévorer, un peu à titre d'essai , mais si elle
me procura une satisfaction momentannée, en dépit de certain goût musqué, je m'aperçus qu'à la longue ce ne serait pas une bonne habitude,
dût-on faire préparer ses marmottes par le boucher du village.
L'habillement et quelques dépenses accessoires entre les mêmes dates, si peu qu'on puisse induire de cet article
, montèrent à :
.........................................$ 8 40 3/4
Huile et quelques ustentiles ménagers....$ 2 00
De sorte que toutes les sorties d'argent, sauf pour le lavage et le racommodage, qui, en grande partie, furent
faits hors de la maison, et les notes n'en ont pas encore été reçues, -et ces dépenses sont toutes
et plus que toutes les voies par lesquelles sort nécessairement l'argent en cette partie du monde, -furent :
Maison........................$ 28 12 1/2
Ferme, une année................14 72 1/2
Nourriture, huit mois...........8 74
Habillement, etc., huit mois....2 00
................................--------
En tout.......................$ 61 99 3/4
Je m'adresse en ce moment à ceux de mes lecteurs qui ont à gagner leur vie. Et pour faire face à cela j'ai vendu comme produits de ferme :
.................................$ 23 44
Gagné par le travail journalier....13 34
....................................--------
En tout.............................$ 36 78
qui, soustrait de la somme des dépenses, laisse une balance de 25 dollars 21 cents 3/4 d'un côté,
ce qui représente à peu de choses près les moyens grâce auxquels je débutai, et la mesure des dépenses
à prévoir, -de l'autre, outre le loisir, l'indépendance et la santé ainsi assurés, une maison confortable
pour moi aussi longtemps qu'il me plaira de l'occuper.
(Walden, trad. L. Fabulet, Gallimard, 1922 - édition originale : 1854)
Bon tu vas sans doute te demander comment j'ai pu en arriver là. Depuis janvier de l'année 2003 (l'année où je me suis repris comme on dit, où j'ai essayé de re-travailler), j'ai bossé 11 mois, ce qui n'est pas mal finalement. Avec le chômage j'ai du gagner environ 5000 francs en moyenne par mois, sauf ces derniers mois de juillet et aout durant lesquels je n'ai touché aucun revenu. Bref disons au total 18 x 5000 = 90 000 francs. On peut ajouter les 100 000 francs que tu m'as filé, soient 190 000 francs au total en 20 mois. Ce qui n'est pas rien, mais pas si énorme au fond : 9500 francs par mois. ça va te paraître étrange que je fasse mes comptes comme ça devant toi, mais j'ai eu besoin de le faire d'abord pour moi afin de comprendre comment j'avais pu en arriver là. Si je compte d'abord les frais inhérents à la vie "normale", le loyer + les charges diverses, les cotisations, assurances etc.., les frais d'adsl de telephone, la nourriture, les frais de déplacements normaux, les cigarettes etc.. faut compter 6000 francs par mois environ. Donc 20 x 6000 = 120000 francs. 1 Ensuite il y a eu l'achat de la voiture : 15 000 francs. Si tu ajoutes les réparations diverses sur ladite voiture (et la 4L avant juin -j'en avais eu pour 3000 francs au moins), j'en ai eu au total pour 10000 francs (surtout à cause de la réparation quand je suis tombé en panne à toulouse, et les freins à aire sur l'adour). Et surtout les frais de déménagements. Enorme ceux-là ! En septembre, de chauvigny à Poitiers, ça allait encore.. En janvier, de poitiers à aire sur l'adour c'était bien galère, j'ai du faire trois aller-retour dont un avec toi ! Mais le pompom c'était de aire à st flour ! Quatre aller retour hyper galère, et pendant deux semaines je ne pouvais manger quasiment qu'au resto n'ayant rien pour faire la cuisine. Ensuite il a fallu meubler un peu ici, j'ai acheté pour 4000 francs de meubles (surtout un lit et un matelas, j'en pouvais plus d'avoir mal au dos, et comme j'ai pris le moins cher, j'ai toujours mal au dos, un frigo, et des planches des tréteaux de quoi faire des tables et des étagères et deux chaises..). Bref j'évalue le coût de tous ces démangements à 10000 francs pour le moins. Et je t'assure qu'ici l'aménagement est spartiate. Les gens qui viennent sont effarés du peu de meubles. la plupart de mes affaires sont à même le sol :) Mais bon, j'aime bien cet habitat monastique, j'aime bien vivre avec peu de choses. Mais c'est quand même ignoble de se dire que, parce qu'on est pauvre, on ne peut pas dormir sur un lit correct, on ne peut pas nettoyer sa moquette, et manger su une table de cuisine digne de ce nom (pour manger j'ai acheté une petite table de camping qui tient à peine debout, c'est ce que j'ai trouvé de moins cher). à 20 ans je m'en foutais de vivre comme ça.. à 36 ans c'est plus dur..
Ensuite il y a eu des petits soucis exceptionnels, notamment avec l'ordinateur. dans l'année j'en ai eu environ pour 6000 francs de frais. (et là aussi, ça reste très précaire) . J'ai aussi payé l'enregistrement de mon album en avril (album qui sort en septembre et qui est très chouette, je te l'envoie bientôt) : 2500 francs (ce qui fait pas cher pour trois jours de studio). (j'admets que cette dernière dépense est un plaisir avant tout.. mais si je n'avais pas l'art, je serais mort.. c'est au moins aussi indispensable à mon équilibre psychique que les médicaments par exemple) Et il a fallu que je m'équipe pour mes boulots de formateur informaticien et de prof ! ça fait un paquet de bouquins achetés, surtout pour mes cours d'informatique : au moins 5000 francs donc si on fait le total de mes dépenses : 120000 + 15000 + 10000 + 10000 + 6000 + 2500 + 5000 = 173000 francs. restent donc 17 000 francs de dépenses "non nécessaires" : j'ai du faire deux trois voyages couteux : notament l'aller retour en Belgique cet automne, les vacances de l'été dernier avec delphine (on est bien parti trois semaines parce qu'on pouvait pas partager le même logis, donc pour se voir, fallait aller faire du camping en brenne en auvergne etc..), deux trois concerts en mai du côté de bordeaux et la rochelle, un voyage en auvergne en solo au mois d'octobre, un autre en Espagne au mois d'avril pour voir des amis à san sebastian, et puis deux trois voyages à bayonne ou dans les pyrénnées parce que je ne supportais plus de rester dans ma piaule à aire sur l'adour, que je devenais fou). Faut aussi compter les 10 séances de kyné (je devais payer de ma poche 15 euros par séance !) et puis j'ai eu trois autre périodes d'alcoolisme. Me si je me suis mis au mauvais vin parce que ça coûte moins cher, ça doit faire quand même un petite somme sur l'année. Bon, avec le médicament (antidépresseur et somnifères) j'arrive à me passer globalement d'alcool. Mais c'est clair que de toutes façons, sans ces béquilles, impossible d'aller dans le monde social.
(letter to dad, august 25 2004)