Je voudrais ici témoigner de ma propre expérience : d'une part, je suis en effet adepte des licences Creative Commons, et mes propres disques sortent en général sous licence CC nc nd ; d'autre part, je travaille pour le label Another Record3 depuis maintenant 3 ans, et j'ai eu l'occasion de discuter à maintes reprises avec les artistes auxquels nous sommes liés, au sujet de ces licences.
La grande majorité des disques et des projets online (puisque nous utilisons ces deux types de médiation) qui sortent sur Another Record, le sont sous licence nc nd. C'est là le choix des artistes, bien qu'il s'accorde aussi avec la philosophie du label.4
Une partie de notre activité, en tant que label, consiste à vendre des disques ou des objets liés aux musiques que nous défendons. Ce n'est certes pas là le but et la finalité de notre travail, mais en quelque sorte son moyen principal : grâce à l'argent récupéré sur ces ventes, nous pouvons faire face aux frais divers qui résultent de notre activité, et en assurer la pérénnité - par exemple, sortir régulièrement de nouveaux projets ou de nouveaux disques. Toutefois, nous avons décidé d'une part, de ne pas distribuer nos disques en magasin, et ce pour des raisons avant tout pragmatiques, parce que nous ne nous sentons pas l'âme de commerciaux, et, d'autre part, de ne pas demander de subvention aux pouvoirs publics, parce que nous ne pensons pas que l'argent du contribuable doive être affecté à ce type de projet. Je signale au passage à tous ceux qui mettraient en doute la viabilité économique d'un tel label, qu'ils peuvent être rassurés : comme nous ne dépensons pas un cent que nous n'aurions pas sur nos comptes, et comme les ventes sont régulières quoique incomparablement plus modestes que celles des structures à caractère commercial, nos comptes sont équilibrés - nous ne sommes pas le seul label, loin de là, à fabriquer des disques tout en adoptant les licences creative commons, et de nombreuses structures comme la nôtre bénéficie maintenant d'une notoriété et d'un équilibre réconfortants pour l'avenir des musiques indépendantes5.
Que souhaitent les artistes qui s'engagent avec le label Another Record et choisissent une licence libre ? Je ne veux pas ici généraliser, car chacun a ses enjeux personnels, lesquels sont parfois difficilement formulables ou identifiables par le créateur lui-même (je suis dans ce cas). Mais, je vais essayer d'en dégager tout de même quelques-uns. Il me faut toutefois vous proposer un petit retour en arrière :
Jusqu'au début des années 2000, la question d'adopter ou non une licence libre ne se posait tout simplement pas. Il semblait même logique et naturel de s'inscrire en tant qu'auteur à la SACEM - si la secrétaire que j'avais rencontrée il y a 5 ans au siège local de la SACEM m'avait reçu plus agréablement, je ferais sans doute partie de ces artistes qui, pour avoir commencé leur carrière un peu trop tôt, se retrouvent membre de la SACEM, et le regrettent par la suite. J'ai donc eu de la chance, rétrospectivement, ce jour là. Quand les licences libres appliquées aux oeuvres d'art ont commencé à faire parler d'elles sur internet, je venais juste de fonder Another Record, et très vite, j'ai commencé à militer auprès des premiers artistes du label pour l'adoption de la licence Open Music Yellow6 , laquelle est, depuis, tombée en désuétude (ses auteurs conseillant d'adopter une licence Creative Commons, conseil que nous avons suivi) : de fait cette licence est très proche de la licence CC nd nc qui fait l'objet de notre préoccupation.
Pourquoi choisir une licence libre plutôt que d'adhérer à la SACEM ? C'était là notre question : je répondrais en mon nom et en celui des artistes d'Another Record en dégageant des raisons éthiques, esthétiques et enfin pragmatiques.
dana hilliot 2005-09-04