Conclusion : Il faut enterrer la hache de guerre.

Plutôt que d'envisager comme il est habituellement l'usage, les licences libres du point de vue des juristes, plutôt que de partir d'un point de vue idéologique, lequel s'articulerait sur la liberté comme valeur, plutôt que d'inscrire le cours de mes réflexions en amont des préoccupations propres aux utilisateurs des logiciels libres ou open source, j'ai souhaité simplement me placer du point de vue de ceux qui, comme moi, adoptent la licence Creative Commons nc nd. L'avantage, à mon sens, de la collection de licences Creative Commons, quand bien même je reste sceptique en étudiant certaines versions proposées par les amis de Lawrence Lessig17, c'est qu'elles placent l'auteur en position de responsabilité vis-à-vis de la manière dont il souhaite divulguer son oeuvre. Il lui est enfin possible de disposer d'alternatives valables aux solutions traditionnelles (en premier lieu : l'inscription à une société de gestion collective des droits d'auteur).

Sans nul doute, les Creative Commons sont dans l'air du temps et consacrent le sujet, «libre de son choix», plutôt que la communauté, dont les membres seraient soudés par «le choix du Libre» - expression dont se réclament les tenants de la licence art libre. On peut regretter l' absence de vision politique d'envergure qu'entraînerait la diversification un peu chaotique des licences Creative Commons.

Mais on peut aussi se méfier des mouvements qui se réclament de la Liberté avec un grand L - sans jamais expliquer en quoi consiste exactement la liberté dont on se prétend avec tant de solennité. Qu'il y ait des défenseurs de la Liberté avec un grand L, je m'en réjouis sincèrement, et j'ai plaisir à ces joutes oratoires où les idées se font et se défont, initiant peut-être les grandes modifications du paysage artistique de demain. Mais je crains qu'en s'en prenant à ceux qui choisissent les licences Creative Commons nc nd, on se trompe d'ennemis.

Pour preuve, et à titre de piqure de rappel, le texte suivant publié récemment sur le site du CISAC (Confédération Internationale des Sociétés d'Auteurs et de Compositeurs) : je vous en cite un bref extrait :

Le magazine américain Forbes remarque que Lessig (le créateur des Creative Commons) n'est pas vraiment un ami des créateurs. Ses attaques contre le droit d'auteur sont surtout bénéfiques à une bande de resquilleurs qui prétend que copier c'est créer parce qu'ils ne savent rien créer sans réutiliser telles quelles des oeuvres protégées par le droit d'auteur.

comme le souligne E. Pike, les partisans de ces licences sont en général soit des amateurs qui ne souhaitent pas à long terme vivre de leur création soit des artistes mondialement connus qui font cadeau de leur travail au public. Pour l'immense majorité des créateurs, les licences proposées par Creative Commons, bien que séduisantes en apparence n'ont aucun intérêt et ne sont en fin de compte qu'une menace pour leurs droits fondamentaux à une protection, à une diffusion et à une rémunération convenables de leurs oeuvres.

S'il y a un effort d'explication à faire et une lutte à mener, je crois qu'ils devraient être plutôt dirigés contre ceux qui écrivent ces lignes ou défendent ce genre de position, plutôt que de se prendre aux artistes qui, en choisissant une licence libre choisisse au moins d'autoriser a priori la copie et la diffusion de leurs oeuvres et ce pour l'humanité toute entière.


Dana Hilliot, 2 septembre 2005.

dana hilliot 2005-09-04