DRM équitables

Nous reprenons ici l’excellent texte publié par Dominique Godon : Les DRM équitables

La rareté
Lors de la conférence « Le libre: la porte ouverte au téléchargement » du 19 mai dernier, à Nanterre, Ludovic Penet, vice président de l’APRIL (Association pour la Promotion et la Recherche en Informatique libre), et directeur technique d’une start-up informatique, rappelait que les Mesures Techniques de Protection ne visent en fait qu’un seul objectif: rétablir la rareté. C’est qu’il s’agit là d’un des principes servant de socle au commerce tel que nous le connaissons. En effet, on envisage qu’un bien ne peut avoir un coût que s’il est rare, autrement dit, difficile à se procurer, autrement que moyennant finance. C’est un point de vue, partagé, défendu et mis en pratique pendant des siècles de commerce et d’échanges monétaires. Mais le logiciel libre a fait son appartion, bousculant quelque peu ces conceptions, montrant qu’une autre approche est possible. Une approche collaborative, souvent passionnée, générant une « amélioration continue » que tout bon qualiticien qui se respecte à bien du mal à obtenir dans un cadre plus « classique ».
La musique a emboîté le pas au logiciel, et d’inombrables projets ont vu le jour, les uns transposant à l’identique les licences « logicielles », comme la Licence Art libre, les autres apportant des nuances configurables aux utilisations pouvant être faites des oeuvres ainsi diffusées, comme Creative Commons. Pour autant, la guerre des DRM est loin d’être terminée.

l’économie de l’abondance et les DRM
Le logiciel libre a largement montré que l’abandon de la rareté ne signifie pas nécessairement l’abandon de l’économie. C’est qu’on se place d’emblée, a fortiori avec le développement des réseaux comme Internet, dans le monde numérique. Et comme le notait à la ê;me occasion, et fort justement, Monsieur Pénet, l’ordinateur a pour fonction première de générer des copies, et des copies des copies, et ainsi de suite. Aussi, du « point de vue » d’un ordinateur, un morceau de musique, une image ou un texte ne sont après tout que des fichiers numériques, et la raison d’ être des ordinateurs en réseau est de « partager » ces fichiers pour en faciliter la diffusion et l’utilisation. On le voit, le principe de rareté est mis à mal dans un tel contexte. C’est exactement l’inverse qui se passe, à savoir abondance de fichiers, d’oeuvres, et donc de copies de ces oeuvres. C’est là le point névralgique, et toute la problématique.
Il fallait bien inventer de nouveaux moyens de « gérer », en quelque sorte, ces nouveaux modes de diffusion. C’est aujourd’hui chose faite, avec, entre autres, les deux projets cités plus haut. Ceux-ci s’appuient sur les législations existantes, ne remettant donc nullement en cause le droit d’auteur tel que nous le pratiquons par exemple en France, et permettent au plus grand nombre de donner à lire, voir ou entendre leurs créations.

De leur côté, de nombreux industriels, souhaitant prolonger au maximum les sources de profits colossaux que peuvent être les films de cinéma ou les oeuvres musicales, dépensent des budgets gigantesques pour mettre au point des « verrous » numériques, censés empêcher les copies « sauvages » ou, selon eux, « illégale », de ces fichiers. Ce sont les fameux DRM, pour Digital Right Management. Et chacun d’y aller de son format propriétaire, de sa variante d’un standard industriel, ou d’une restriction du type « nombre limité d’écoute » ou  » temps limité de vision ». Il s’agit, bien sûr, de limiter, de contrôler, pour, en fin de compte, forcer l’achat, ou pire, le ré-achat!

DRM équitables?
C’est à se demander qui conseille les grands pontes de l’industrie culturelle mondiale? Pourtant, ceux qui mettent au point ces « verrous » numériques sont bien eux-mêmes des informaticiens, à tout le moins des techniciens! Ils doivent donc savoir que le « contrôle d’usage », sur Internet, ne peut pas fonctionner de manière durable. Quelque part, un autre informaticien, ou un groupement de passionnés, ou encore une start-up oeuvrant à l’amélioration de la sécurité informatique en général, se chargera de « casser » le verrou. La volonté de rendre illégal ce processus reviendrait à nier le haut niveau de sécurité auquel sont parvenus aujourd’hui les serveurs et les systèmes associés, y compris et surtout, dans le monde du logiciel libre. Cela aboutirait également à une sorte d’état de droit totalitaire, dans lequel seuls les fichiers « approuvés » et « vérrouillés » seraient en circulation.
C’est à ce point de la bataille, dont les enjeux sont d’une importance capitale, que pointent à l’horizon les « DRM équitables ». Il suffirait de réduire la « force » du « verrou », donc soi-dit en passant, de le rendre plus aisément « cassable », pour mériter cette appelation. l’idée consiste à faire un pas en direction des utilisateurs, en leur faisant comprendre que l’on est pas contre eux, mais qu’il faut bien contrôler un minimum, sinon la copie « sauvage » et le « piratage » auront raison de la créativité dans son ensemble. Comme un son de cloches déjà entendu.
il serait souhaitable, par ailleurs, de laisser le terme d’équitable aux associations pratiquant et développant le commerce du ê;me nom. Celles-ci sont bien malmenées, de l’intérieur comme de l’extérieur, et ce terme de « commerce équitable » n’a pas été choisi par hasard. Consécutivement à la « rareté » évoquée plus haut, un déséquilibre de plus en plus marqué s’est progressivement installé entre pays industrialisés et pays en voie de développement, aboutissant en de nombreux endroits du globe sur des situations absolument dramatiques, laissant loin en arrière les aspects économiques pour ne plus se consacrer qu’à la survie pure et simple. La problématique des échanges de fichiers numériques ne semble pas être, pour l’heure, concernée.

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15 juin 2005

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