Songs to the sirens


June 24, 2006

Musiques en Marge : les 20 ans d’Art(s) en Marge

Filed under: dana — dana @ 3:42 pm

Fondé en 1986, l’association Art(s) en Marge présente, à l’occasion de son vingtième anniversaire, mult manifestations qui permettront de découvrir ou re-découvrir, dans des contextes nouveaux, le travail des artistes “bruts” ou “outsiders”. En commençant par cet événement intitulé “Musiques en Marge”, exposition visuelle et sonore qui se déploie en deux endroits différents : au centre culturel de Flagey et à la galerie (rue Haute à Bruxelles, non loin de la porte de Halles à St-Giles).

David de Meuter et Carine Fol se sont penchés sur le cas de ces musiciens outsiders, dont un bon nombre avaient été repérés par Irwin Chusid, auteur de l’excellente somme Songs for the key of Z. Ils ont choisi de présenter des artistes qui pratiquent non seulement l’art plastique mais aussi la musique.

De Daniel Johnston, le plus connu d’entre eux, nous ne parlerons pas ici, puisqu’il est désormais une référence dans le monde des musiques indie (voir The Daniel Johnston Museum of Love).

martha grunenwald
(Martha Grunenwald)

Martha Grunenwaldt est une des artistes les plus fameuses de l’art brut. Désormais agée de 96 ans, cette femme étonnante, dont la vie fut particulièrement pénible avant sa découverte du dessin (pratique qui lui vint en “empruntant” les crayons de couleur de ses petits-enfants alors qu’elle avait 72 ans), jouait aussi du violon. Enfant, elle avait coutûme d’accompagner son père et ses deux frères dans l’orchestre des bals du dimanche. L’exposition nous offre un petit film présentant une improvisation de Martha jouant du violon accompagnée de sa fille au chant. L’ensemble est tout simplement délicieux et émouvant.


(Wesley Willis)

Wesley Willis pourrait bien devenir une star des musiques improvisées, bien que sa disparition voici trois ans l’ait empêché de poursuivre une oeuvre déjà immense (plus de 50 K7 audio), publiée en partie sur le label Alternative Tentacles fondé par l’allumé Jello Biafra (chanteur mythique des Dead Kennedy’s), un de ses plus grands fans. La musique de Wesley Willis, souvent composée et interpréte dans les rues de Chicago, jouée sur un orgue electronique (dont il se contente d’utiliser les rythmiques pré-enregistrées), donne lieu à de longues mélopées dédiées à la vie urbaine et ses dérives et jouissances : ainsi la junk food des Mac Do constitue un thème privilégié - ainsi que sa nourriture favorite comme en témoigne son imposante stature. Les dessins qu’il réalise et vend à l’occasion de ses performances urbaines sont superbes.

Pleins de mp3 en écoute sur cette page

Les accordéonistes bigarés d’Oscar Haus méritent aussi le détour, mais je vous invite aussi à glisser le casque à disposition dans l’espace de la galerie consacré à André Robillard, célèbre pour ses fusils énormes bricolés avec génie, mais aussi, ce que j’ignorais, accordéoniste à ses heures, et même bien plus que ça. Je cite le texte du catalogue : “André Robillard fait donc “sa” musique : des improvisations de percussions sur des poubelles en fer à l’aide de cartouches vides placées au bout des doigts, de l’accordéon et de l’harmonica qu’il accompagne de chants très personnels.” Bref, un véritable homme orchestre, capable de vous inventer à lui tout seul une cérémonie tribale indienne.

2 extraits de André Robillard sur Polysons:
le temps des cerises
le dénicheur

musics in the margin

Toutes les infos sur cette exposition sont sur le site d’art en marge.
Je vous conseille la brochure publiée à cette occasion et surtout le disque génialement allumé préparé par David de Meuter, et publié sur le label Sub Rosa, objet largement documenté et réunissant une dizaine de créateurs déchainés (mention spéciale pour l’étrange conteur Mc Speedy, qui officie parfois sur les ondes de Brussels FM, dans l’émission Implosief.

June 23, 2006

Secret name

Filed under: michel m. — michel m @ 8:58 am

secret name

Voici un nouveau projet franchement enthousiasmant du discret, mais néanmoins prolifique JL Prades, aka Imagho, qui livre ici une “musique qui se situe quelque part entre Low, Richard Buckner et Swell”, de son propre aveu. Secret Name dévoile un aspect moins tortueux et plus intimiste de l’auteur du sublime “Nocturnes” ou encore de “Someone controls electric guitar” sorti l’année dernière chez Hitomi recordings. De mon côté, le dépouillement et la voix à fleur de peau ne sont pas sans me rappeler un Dominique A. anglophone. Le petit plus étant les atmosphères sousjacentes développées en arrière-plan que seuls les auditeurs attentifs pourront déceler…

Secret name : So sorry
Secret name : Your voice

Pour couronner le tout, l’intégralité des productions de JL Prades sous divers noms (Secret Name donc, mais aussi Imagho, frz / imagho ou Sketches of pain) sont disponibles en téléchargement sur le site. J’y ai passé du temps à télécharger ces perles et vous devriez en faire autant, à commencer par les chefs-d’oeuvre cités ci-dessus…

Enjoy!

June 22, 2006

Ramona Cordova

Filed under: michel m. — michel m @ 4:49 pm

Bon, j’ai toujours un train de retard, mais là je me dois de dédier un petit mot à mon improbable découverte de ce mois de Juin, le bien nommé “The boy who floated freely” de Ramona Cordova. Je me suis pour une fois laissé guider par le buzz grondant sur bon nombre de blogs à ambiance folk bidouille. Il était également en tournée avec l’ami David Fenech dans toute la France ce mois-ci. Ce gars aux origines troubles et mystérieuses me fait penser à du Sentridoh avec une voix de castra inclassable, des influences gypsy très fraîches et un toucher bucolique. Le disque de mon été à venir à coup sûr. Il m’a en tout cas mis de bonne humeur pour un bon moment. L’impression obtenue est la même que lorsque j’avais pour la première fois écouté Devendra Banhart. Tout aussi singulier et original. Sorti de surcroît en licence par Clapping Music - le label plus que recommandable de my Jazzy Child-ce disque est un régal du début à la fin.

Ramona Cordova - Inside the Gypsy Bar
Ramona Cordova - Giver’s reply
Ramona Cordova - One day someday

Des videos live de Ramona Cordova!

Enjoy!

June 21, 2006

Vinaya

Filed under: michel m. — michel m @ 1:33 am

Fraîchement intégré dans l’excellent giron de nos amis de Travelling music, Vinaya construit une musique à la fois complexe et fluide sur un mode acoustique, mais pas seulement. De teneur instrumentale, ses soundscapes subtils me font penser à Glass, Reich et consorts. Classe et relaxant…

En attendant un tout nouvel album en 2007…

extrait de “Les marges” :
Il marche dans le ciel
Aube

extrait de “Les valses” :
Le jour se lève
Doux hiver

Ses disques sont disponibles chez Drunk Dog ou sur le site de Travelling Music.

Enjoy!

painting credits : Vinaya Ly

June 18, 2006

Thomas Mery : “a ship, like a ghost, like a cell”

Filed under: michel m. — michel m @ 9:43 am

a ship

Thomas Mery est certes un personnage qui signifie beaucoup pour les ultra-fans de notre scène rock underground française, tant l’influence de son ancien groupe Purr a été palpable au fil des années. Au-delà de toute considération passéiste, Thomas a pu acquérir une technique et un feeling qui lui permettent aujourd’hui de défricher une musique folk toute en arpèges fragiles mais si bien maîtrisés (On pense à Nick Drake et plus proche de nous à José Gonzales), agrémentés d’éléments electro-acoustiques, voire concrets ambiance électricité statique et dialogues de films obscures. Il y a une sensibilité totalement hors-norme qui transparaît mieux dans des showcases acoustiques tels que celui auquel je suis lamentablement arrivé plus qu’en retard hier à la -fantastique- Librairie en Marge de Paris (92, rue Jean-Pierre Timbaud). Il m’a suffit de deux morceaux pour être totalement fasciné par le style à la fois léger du finger-picking et sensuel - oui, oui - d’un chant imprégné de vécu racontant la peur de l’autre, les regrets, les années qui passent et finissent par enfouir les psychoses du passé, mais tout ceci est exprimé avec un sourire, celui d’un songwriter qui a réussi à transformer le pathos en son et en images métaphoriques. Saisissant et troublant.

“I didn’t mean to frighten you, you don’t know what i’ve been through (…) but i feel quite happy now, i think i got along somehow”

Une excellente session acoustique avec interview sur le podcast de “Selon l’humeur du chef” à ne rater sous aucun prétexte. On y découvre qu’il apprécie Nick Drake, Boards of Canada, les musiques populaires brésiliennes…. Il tente aussi d’y expliquer avec poésie la genèse des paroles des morceaux qui constituent son nouvel album “A ship, like a ghost, like a cell”.

Voici la setlist de cette session!

- une reprise de “For no one” des Beatles.
- “Node to node”
- “Sing a song”
- “Shaping places”
- new untitled song
- une reprise de “Running up that hill” de Kate Bush

t mery live

la video de “The red of the shoes” sur le site des Inrocks.

le superbe site de Thomas Mery

le site de son label : Dora Dorovitch

Enjoy!

June 14, 2006

Clogs

Filed under: michel m. — michel m @ 8:25 am

clogs

Musiciens issus de formations classiques, les quatre membres de CLOGS brouillent les cartes et chevauchent les chemins de traverse.

Après trois albums (” Thom’s Night Out “, ” Lullaby For Sue “, ” Stick Music “) salués par la critique (”a largely acoustic set of great atmosphere and originality” MOJO - “eerie, looping folk melodies…delicately bowed and struck strings [and] beautiful ‘lost at sea’ effect” THE WIRE), LANTERN leur nouvel opus creuse obstinément le sillon creusé par le duo tout en ouvrant une nouvelle fenêtre dans le paysage discographique de CLOGS : mandoline, mélodica, ukulélé ou piano viennent ici se greffer au violon, à la guitare acoustique, ou au basson, et augmentent ainsi la palette sonore de la formation.

“Pencil Stick” , extrait du précédent album “Stick music”

Un excellent live de Clogs en mp3 sur le blog “so much silence”

5/4“, extrait du nouvel album “Lantern”, chez Talitres

Enjoy!

June 10, 2006

tunng

Filed under: michel m. — michel m @ 8:46 am

tunng

tunng play a mesmerising mix of folky acoustics and busy electronica, overlaying electronic crackles, gorgeous harmonies, bewitching mantras and synthetic beats that are reminiscent of early Beta Band, ‘The Wicker Man’ soundtrack and Four Tet.

Sublime et subtil alliage de sonorités acoustiques, organiques et électroniques, rafraichissant!

extraits de “mother’s daughter and other songs”: tale from black et mother’s daughter

extrait de “The pioneers” : Pool beneath the pond

extrait du tout nouvel album sorti en france chez Talitres tout récemment : Woodcat

Enjoy! It’s summertime!

June 8, 2006

tagada x4

Filed under: delphine — delphine @ 6:34 pm

tagadax4

Trois vidéos à télécharger (cliquer droit, enregistrer sous) (taille du fichier: env. 10m0)…
du rock “biblique” (enregistré en aout 2004) !!!

Car dieu m’est témoin
Dieu notre sauveur
lithurgie

June 6, 2006

jullian Angel : Life was the answer

Filed under: dana — dana @ 10:05 pm

life was the answer

jullian angel sur another record

le site de jullian

son blog

et 5 chansons à télécharger sur another record

tout ceci sous licence Creative Commons nc nd 2.0.

creative commons nc nd 2.0

Je hais les chroniques de disque. Alors excuse moi Jullian d’en écrire une quand même, je ne suis pas à un paradoxe près. On a fait du chemin depuis que tu m’as envoyé par la poste ce petit colis, avec les chansons de Melancolic Extasy dedans - ou Melancolic ecstasy ou ectasy - je n’ai jamais su écrire ce mot, et pourtant c’est bien toi ça, la mélancholie poussée jusqu’à l’extase, l’intériorité en flamme : tu n’as pas beaucoup changé depuis lors, et moi non plus - à cela près que j’ai arrêté la musique, et que tu viens de publier un des plus beaux disques que j’ai jamais écouté - mais bon, ça n’a pas beaucoup d’importance, ça n’empêchera pas les hommes de s’entretuer, les femmes d’attendre les hommes partis au combat et qui ne reviendrons peut-être pas, les enfants de jouer sous les bombes.

C’est étrange d’ailleurs, ces chansons d’un monde en ruine, ces histoires que tu racontes, comment tu vois le monde de chez toi, la sagacité dont ces récits sont empreints, la lucidité. Pas la peine de parcourir le monde en tous sens pour en sentir la peine et les cendres. Tu sais que Life was the answer est un album sérieux ? Je veux dire par là qu’il est sérieux comme la tragédie des hommes, ce n’est pas tous les jours qu’on écrit des disques sur un tel sujet. Bon, évidemment, cet aspect des choses échappera aux critiques, qui diront je ne sais quoi, qui nous produiront deux trois clichés glissés entre les mots “pop” et “folk”. La vie, donc, était la réponse ? Hé bien je suis heureux de te l’entendre dire, j’en suis persuadé aussi, reste à la conquérir : ce n’est pas femme facile la vie, il faut la séduire, déployer tous les charmes du monde, et la musique est un philtre d’amour, et tu es l’alchimiste qui connaît mieux que personne les secrets de ces philtres. Je t’imagine ces mois durant cueillant patiemment les ingrédients du mélange parfait, découpant les tiges et les feuilles avec soin, cent fois sur l’ouvrage te penchant, à la recherche de la formule qui saisit les coeurs. Qui donc voulais tu séduire ainsi ? la vie sans doute. L’art est l’érotisation de la vie. “The world is abouding” disait ce penseur sauvage (feyerabend). Tes chansons pourraient bien être le tendre moteur de nombreuses vies ici bas : ce qui motive, aide à mettre un pied devant l’autre au matin, redresser le torse, humer l’air intense du jour, tristement sourire aux femmes qui passent. Il y a des gens , quand tu regardes leur yeux, il semble qu’ils viennent de si loin, leur regard s’ancre dans une histoire épaisse et dense. Comme ta musique.

J’ignore si ce disque aura du succès. J’aimerais qu’il en soit ainsi. Cela redonnerait du baûme au coeur à bien des gens que je connais. Mais bon.. Les temps sont durs et la stupidité règne - en attendant pire et les bruits de bottes. La plupart sont à genoux devant les affiches et les écrans clinquants. la plupart attende qu’on leur dise quoi penser et devant quoi jouir. les autres se la jouent et n’écoutent pas car ils ont déjà tout entendu - ils entendent avant d’écouter. Parce que tu viens de nulle part, parce que ce disque s’enracine en toi, il es inactuel, je le crains. peut-être ailleurs, sous d’autres cieux, il pourrait s’avérer salutaire - à vrai dire, il l’est déjà, salutaire, avec son lyrisme assumé, sa jouissance mélodique élégante et racée, comme les beaux chevaux du pays où je vis, qui ont toute une montagne pour territoire, libres et sauvages.

Allez, je te souhaite, par delà ces chansons, tout l’amour qu’on te doit.