Fondé en 1986, l’association Art(s) en Marge présente, à l’occasion de son vingtième anniversaire, mult manifestations qui permettront de découvrir ou re-découvrir, dans des contextes nouveaux, le travail des artistes “bruts” ou “outsiders”. En commençant par cet événement intitulé “Musiques en Marge”, exposition visuelle et sonore qui se déploie en deux endroits différents : au centre culturel de Flagey et à la galerie (rue Haute à Bruxelles, non loin de la porte de Halles à St-Giles).
David de Meuter et Carine Fol se sont penchés sur le cas de ces musiciens outsiders, dont un bon nombre avaient été repérés par Irwin Chusid, auteur de l’excellente somme Songs for the key of Z. Ils ont choisi de présenter des artistes qui pratiquent non seulement l’art plastique mais aussi la musique.
De Daniel Johnston, le plus connu d’entre eux, nous ne parlerons pas ici, puisqu’il est désormais une référence dans le monde des musiques indie (voir The Daniel Johnston Museum of Love).

(Martha Grunenwald)
Martha Grunenwaldt est une des artistes les plus fameuses de l’art brut. Désormais agée de 96 ans, cette femme étonnante, dont la vie fut particulièrement pénible avant sa découverte du dessin (pratique qui lui vint en “empruntant” les crayons de couleur de ses petits-enfants alors qu’elle avait 72 ans), jouait aussi du violon. Enfant, elle avait coutûme d’accompagner son père et ses deux frères dans l’orchestre des bals du dimanche. L’exposition nous offre un petit film présentant une improvisation de Martha jouant du violon accompagnée de sa fille au chant. L’ensemble est tout simplement délicieux et émouvant.

(Wesley Willis)
Wesley Willis pourrait bien devenir une star des musiques improvisées, bien que sa disparition voici trois ans l’ait empêché de poursuivre une oeuvre déjà immense (plus de 50 K7 audio), publiée en partie sur le label Alternative Tentacles fondé par l’allumé Jello Biafra (chanteur mythique des Dead Kennedy’s), un de ses plus grands fans. La musique de Wesley Willis, souvent composée et interpréte dans les rues de Chicago, jouée sur un orgue electronique (dont il se contente d’utiliser les rythmiques pré-enregistrées), donne lieu à de longues mélopées dédiées à la vie urbaine et ses dérives et jouissances : ainsi la junk food des Mac Do constitue un thème privilégié - ainsi que sa nourriture favorite comme en témoigne son imposante stature. Les dessins qu’il réalise et vend à l’occasion de ses performances urbaines sont superbes.
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Les accordéonistes bigarés d’Oscar Haus méritent aussi le détour, mais je vous invite aussi à glisser le casque à disposition dans l’espace de la galerie consacré à André Robillard, célèbre pour ses fusils énormes bricolés avec génie, mais aussi, ce que j’ignorais, accordéoniste à ses heures, et même bien plus que ça. Je cite le texte du catalogue : “André Robillard fait donc “sa” musique : des improvisations de percussions sur des poubelles en fer à l’aide de cartouches vides placées au bout des doigts, de l’accordéon et de l’harmonica qu’il accompagne de chants très personnels.” Bref, un véritable homme orchestre, capable de vous inventer à lui tout seul une cérémonie tribale indienne.
2 extraits de André Robillard sur Polysons:
le temps des cerises
le dénicheur

Toutes les infos sur cette exposition sont sur le site d’art en marge.
Je vous conseille la brochure publiée à cette occasion et surtout le disque génialement allumé préparé par David de Meuter, et publié sur le label Sub Rosa, objet largement documenté et réunissant une dizaine de créateurs déchainés (mention spéciale pour l’étrange conteur Mc Speedy, qui officie parfois sur les ondes de Brussels FM, dans l’émission Implosief.