De ce côté-ci de l’Atlantique (on this side of Atlantic) et de ce côté-ci de la Manche (on this side of the Channel), on y pratique aussi cet art ancestral du songwiting, qui n’a en vérité pas de frontières - bien que ça chante en anglais le plus souvent, et c’est peut-être justement en cela qu’il n’est pas de frontières ici - et qu’on aurait peine à situer dans les époques - parce qu’en vérité on est tous les enfants de ce vieil homme qui, au retour d’un dur labeur dans le champs de coton, racontait les peines du jour d’une voix lasse sur sa guitare, ou encore de celui-là, du gardien de troupeaux, soutirant quelques mélodies à sa pauvre six-cordes assis au coin du feu, ou même encore des griots parcourant les villages avec leur Kora sous le bras, narrant les histoires de la tribu - alimentant ainsi les mythes et nourrissant le coeur des hommes. De cet art de dire avec trois fois rien, nous en savons aussi quelque chose de ce côté-ci du monde et aujourd’hui. Rien n’a vraiment changé.
ça raconte des histoires. C’est de la musique certes, mais qui raconte. Des bribes de journaux intimes sans doute. On y donne à entendre quelque chose de soi, de sa vie, à travers le rythme si particulier de l’écriture folk, de la poésie en somme. (On se souviendra que la poésie est faite pour être dite, ou scandée ou chantée, avant que d’être lue - et il est bien triste que par chez nous on ne lise plus ainsi de la poésie).
En voici donc, de ces songwriters d’ici - et j’en dresse une liste absolument subjective, il y en a bien d’ autres (et aux amériques il y en a mille autres ! ), et beaucoup sont aussi de mes amis. Je liste en désordre évidement. Nous sommes d’une communauté symbolique - qui n’a rien à voir avec un quelconque courant ou avec le temps et le lieu - mais lié par notre art à celui des griots, des gardiens de troupeaux, des travailleurs au champ de coton.
Spide, 24/07/04
J’adore ce mec. Tout ce qu’il fait. Il fait partie de la famille herzfeld/stay hard harry et illumine toutes ces musiques (Little Red, Loyola) de sa présence transfigurante. Cette chanson est extraite de son journal intime musical du mois de l’été 2004, summer heal (sacré été soit-dit en passant, j’en rencontre des tas de gens qui ont galéré cet été là) publié sur le merveilleux label stay hard harry. J’ajouterai qu’il fait partie de ceux qui savent prononcer les mots “fuck you” avec une grâce indéniable.
Jocari, love is an animal in a farm
Jocari vit dans un petit village au milieu de nulle part. Il n’est même pas connecté à internet. Il raconte des histoires d’amour -et ça n’a pas l’air simple : il se demande par exemple ce qu’elle veut elle qui prétend l’aimer - tu voudrais que je sois James Dean, un cow boy, David Carradine ? Alors écoute je vais te dire : “love is an animal of the farm”. Merveilleuse aussi cette phrase : “and you’re working hard in the fields” et les raclements de charrue qu’on y entend là. De la musique de paysan sans doute -avec cet humour, cette ironie, cette petite joie secrète que sait celui qui va à la promenade dans les labours et contemple les grandes villes de là-haut. (Au fait, vous pouvez écouter d’autres chansons chez another record, c’est-à-dire chez nous)
Lozninger, sunday (I wil play)
Lozninger a une petite fille. En parallèle de son projet Stasola, il écrit des chansons pour elle, cette petite fille, dont on verra quelques photos sur son site. C’est chouette de la voir grandir mois après mois en visitant ce site. Je n’ai pas de petite fille, et pas plus de petit garçon d’ailleurs. ça ne doit pas être facile de savoir quel est le désir de son enfant, ça ne doit pas être facile d’être père, mais si l’on a la tendresse de lozninger on peut en tirer quelques berceuses universelles - car il est un art d’écrire des berceuses le saviez-vous ? Et je songe à toutes ces femmes au monde, de la campagne chinoise aux plateaux d’asie centrale, des forêts sombres du Brésil aux déserts du Niger, chuchotant quelques mélodies magiques à leur enfant afin d’accompagner leur visite au monde des rêves. (Ces berceuses de Lozninger sont publiées sur le label unpopular records)
Half Asleep, wrinkled chess
Valérie half asleep, je suis presque géné d’en dire un mot là. Parce qu’elle est indissociable de ma vie depuis presque deux ans maintenant, que sa musique est un peu la bande son de mes errances. On a déjà écrit beaucoup sur sa musique, sur le souffle de sa voix, un souffle qui s’insinue comme une voix d’ailleurs, qui vient nous dire quelque chose, un secret, une chose qu’on savait déjà, depuis toujours, qu’on avait oublié sans doute dans le déferlement de la vie. On a écrit un peu moins sur ses mots. Ce qu’elle dit, par exemple :
“cause you’ve said we are nothing
I know we’re everything”
ça nous a été dit n’est-ce pas ? ça nous a été sussuré au creux de l’oreille dans un autrefois qu’on ne saurait dater. On le savait bien, on l’avait oublié.
Sa musique a été publiée sur another record, chez nous donc, mais aussi chez nos amis d’hinah, et très bientôt sortira un album essentiel chez nos frêres d’Unique Records, album que Giles de Lunt a enregistré avec un amour infini. (Et il y a des chansons sur son site).
The Wedding Soundtrack, perfect sunday
Mon cher ami Clément aka the wedding soundtrack, j’en dirais juste une anecdote, une petite histoire : on allait au studio d’enregistrement, dans la voiture - les voitures c’est assez compliqué pour lui, écoutez la chanson Volvo pour le deviner- et clément ne disait pas un mot, rien, il semblait fasciné par le défilé des centres commerciaux qui bordaient la route. On arrive au studio, il commence à jouer. Je lui demande : mais quelle est cette chanson ? Je le connais pas ? Il me répond qu’il venait de l’écrire pendant le trajet en voiture (lequel avait duré au plus trente minutes). Ses chansons, c’est juste le prolongement de sa vie, juste des choses qui l’accompagnent, un continuo, une mélodie qui le suit pas à pas, qui sont là sans qu’on ait pris garde à leur surgissement. (le premier album de The Wedding Soundtrack a été publié chez nous, another record, et le second le sera aussi en septembre, et il sera encore plus beau.)
Angil, no more guitars
“I know, there’s somethin’ I should know”. Teaser for matters est l’abum le plus décomplexant que la scène française ait produite depuis des lustres. Et à Mickaël aka Angil on sera éternellement reconnaissant (et à nos frêres Giles et Gerald de Unique records aussi d’en fait tiré un disque). Ces chansons là ça brille de mille feux, on n’a jamais fini d’y découvrir des sources lumineuses nouvelles, comme des pierres précieuses qu’on aura beau retourner dans tous les sens on n’en épuisera pas les reflets. Ah oui ! Et quand la guitare surgit à la fin de : “no more guitars” (évidemment !) c’est l’orgasme.
Moonman, hollow diminoes (demo)
Moonman on connaissait déjà ses pièces pour guitares préparées, ses explorations electro-folk, et même on avait déjà entendu sa voix (et tout est là sur greeds recordings). Or, j’ai eu la chance d’en entendre un peu plus, d’un disque sur lequel Giles de Lunt, encore, aura mis sa patte et sa finesse. Moonman on sent que tout autour de lui vient nourrir sa musique, tout, les souvenirs, les bruits, les images, tout est déjà de la musique en somme. Des chansons qui déjà me peuplent l’imaginaire musical, de petits miracles printaniers. (Et on me glisse que Giles de LUnt serait encore une fois, aux manettes de cet album à venir)
Little Red, bye bye love
Dire qu’on a craqué sur ce disque, mon amoureuse et moi, et que ça donne envie d’en faire un aussi tous les deux. Little red, c’est elle donc, et pierre aka Spide (voir supra), c’est un journal de vie à deux - et même si je ne sais pas vraiment si ces deux-là sont ensemble ou pas mais peu importe, on y dialogue avec une simplicité désarmante, on s’y dit adieu, on s’y dit bonjour as-tu bien dormi mon amour, on s’y écoute, on ne s’y entend pas toujours, on s’y désire, ou plus, ou plus vraiment comme avant, on y décline toute la carte du tendre, on demande de ne pas demander pourquoi. (Et c’est le label stay hard harry qui nous glisse ces confidences au creux des oreilles).
Lemoine, love
Stephane aka Lemoine (aka Stephane Lemoine, le fondateur de travelling music, donc notre ami forcément), on dirait pas comme ça, parce qu’il est de ceux dont la douceur et la présence apaisent, et ses musiques aux allures de bossa nova un peu décalées, avec si peu, la rondeur des sons de la guitare, hé bien qu’on ne s’y trompe pas, il y a des storm là dessous, du “à fleur de peau”. Et c’est étrange ces pièces intimistes, quand on sait qu’il fait partie de ceux que les grands espaces, ceux où l’on s’immerge à pied, le sac au dos, ne rebute pas.
Dana Hilliot, song for l
Là je ferai pas de commentaires, of course (see there : another record, dana hilliot).
Voilà.. J’aurais bien d’autres chansons à vous faire découvrir, des choses que j’écoute et qui berce les jours comme disait l’autre, et des artistes comme Jullian Angel, Sunday Velvet, Sandra, Delphine, Luli, Valerio Sartori, Electrophonvintage, Loyola, CancelN, Hoeppfner, T, Lunt, mais là il se fait tard, et certains d’entre eux (ou elles) n’ont même pas encore sorti de disque, et ce sera pour une autre fois peut-être.
Et pourquoi ne le feriez-vous pas vous-même ?